Moissac, ville de Justes oubliée

L’Histoire

Moissac et les enfants cachés

Moissac : Une ville exemplaire

De 1939 à la fin de la guerre, Moissac, petite ville du Sud-Ouest de la France, a abrité une maison d’enfants juifs. 500 enfants venus de tous les coins d’Europe y ont été recueillis pendant cette période, pas un n’a été arrêté, pas un n’a été déporté.

Grâce à la détermination hors du commun de Shatta et Bouli Simon, un jeune couple membre des éclaireurs israélites de France qui la dirigeaient et grâce à la complicité de toute la ville, cette maison située sur les bords du Tarn a échappé à la barbarie nazie.

Le maire de l’époque, l’ensemble de la municipalité, les habitants, les professeurs, les paysans, tous ont participé au sauvetage de ces enfants. Certains de manière active et militante d’autres en se taisant, tout simplement. Car la présence des enfants juifs n’était ici ignorée de personne.

Ils allaient à l’école dès que leur niveau de français le permettait, ils se promenaient, jouaient dehors, nageaient dans le Tarn, pratiquaient leur religion. Ils vivaient, au sens plein du terme, ici.

Le maire de l’époque avait donné le ton en demandant à toute la population d’accueillir les refugiés et en mettant à la disposition de Shatta et Bouli cette maison, devenue pour tous « la maison des enfants de Moissac ». Et quand en 1943 la zone libre ne l’a plus été, les enfants ont tous été cachés dans des familles alentour. La plupart du temps chez des paysans où ils ont passés le reste de la guerre.

Le premier Shabbat de la Libération, comme Bouli le leur avait demandé, tous les enfants se sont retrouvés à la « Maison ». 

Pas un ne manquait à l’appel.

Une Histoire au delà de la « Maison »

Ici à Moissac le silence et la solidarité ont permis plus encore que cela. Les sœurs de la Miséricorde ont accueilli dans leur couvent des dizaines d’autres enfants juifs de passage. Des familles entières (Milstein, Masslhia, Pfelzer, Cohn Bendit, Simon…) se sont installées dans la ville. Elles y ont passé et traversé la guerre.

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Plus exceptionnel encore, cette ferme sur les hauteurs de Moissac, la ferme de Charry où de jeunes Juifs travaillaient la terre et étudiaient le judaïsme. Véritable Kibboutz en plein cœur de la guerre et du Tarn-et-Garonne, Charry se sabordera en 43 quand les Allemands approchaient. La plupart des jeunes qui y résidaient s’engageront dans la résistance.

Car, aussi impensable que cela soit, Moissac fût, entre 39 et 45 en France, un des hauts lieux du Judaïsme. Le secrétariat national des Eclaireurs israélites (EI) s’y installa, les intellectuels victimes en 42 du statut des Juifs s’y replièrent en masse. Séminaires et conférences sur le judaïsme s’y succédaient. « La maison » était une maison juive, « Charry » était une ferme juive. Elles le revendiquaient. Moissac le savait.

Après la guerre : De la maison au Moulin

Nombre des enfants revenus ce « premier shabbat de la Libération » avaient perdu leur famille. D’autres enfants cachés ailleurs ou revenus des camps avaient aussi besoin d’un havre. Moissac sera le leur. En 45, avec l’aide de la ville, Shatta et Bouli ouvriront ici une autre maison. Le Moulin sera jusqu’en 1953 un lieu de vie, de formation et d’apprentissage pour des centaines d’enfants juifs.

Le Moulin de Moissac sera pour eux celui de la reconstruction.

3 réflexions sur “L’Histoire

  1. Le , Alain CHICHEPORTICHE a dit:

    Bonjour
    Ravi et très ému que l’on honore tout un week-end MOISSAC, Shatta et Bouli SIMON.
    Je fus un de leurs élèves dès 1968 et je continue à fréquenter régulièrement Le Château de LAVERSINE, maison d’enfants créée dans la foulée de MOISSAC précisement par Shatta et Bouli et qui fonctionne à ce jour. Vous aurez compris que toute cette histoire extraordinaire me touche encore beaucoup aujourd’hui. Bon colloque à tous.
    Alain CHICHEPORTICHE

  2. Monsieur
    Merci pour votre témoignage et vos encouragements. La première journée fut une réussite exceptionnelle où l’émotion le disputait à l’analyse scientifique.
    Dimanche, avec l’inauguration de l’Esplanade des Justes, sera aussi un grand jour pour Moissac et sa population, on se souviendra de Shatta et Bouli, de tous les enfants juifs sauvés ici et des justes reconnus ou pas qui ont fait montre du meilleur d’eux mêmes

  3. Le , HALIMI André. (Marseille) a dit:

    Que d’emotions en lisant toutes ces infos sur Moissac
    Mes 30 années passées aux EI defilent dans ma tete.
    Les recits de nos chefs conformes aux lignes ci dessus

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